Faire l’appel, effacer le tableau, distribuer les cahiers, autant de rituels quotidiens qui pourraient sembler anodins et routiniers…

Ce n’est pourtant pas la conclusion d’une vaste comparaison empirique menée dans des écoles primaires en Angleterre et en France. L’observation durant deux semaines des rituels liés aux « responsabilités » dévolues aux élèves (distribuer ou veiller au rangement du matériel, faire l’inventaire des gommes ou arroser les plantes…) fait ressortir le caractère socialement déterminé de ces pratiques scolaires. Si les responsabilités favorisant les apprentissages (compter le nombre d’enfants présents et préparer le nombre correspondant de gobelets pour le goûter, par exemple) sont le propre des classes françaises, le fait qu’elles revêtent une dimension honorifique est une spécificité anglaise.

En Angleterre en effet, les responsabilités honorifiques s’entourent d’un rituel et d’un cérémonial codifiés : posture, qualités personnelles et comportement exemplaire sont les critères explicites de sélection du responsable du jour, le « child of the day ». Les enseignants français s’appuient eux sur des logiques de « roulement » ou de tour de rôle. L’allocation d’une responsabilité à un élève, loin d’être une récompense octroyée pour des mérites personnels, fait figure de droit et de devoir d’ordre civique : chaque écolier doit prendre part à la vie du groupe en exerçant ses droits et en assumant des responsabilités. Deux conceptions différentes de la participation à la vie en société.

 

Maroussia Raveaud, « La petite société à l’image de la grande ? L’appartenance fondée dans le mérite ou le droit », Recherches en éducation, HS n° 8, septembre 2015.