Définition de l’épisode de glissement conceptuel

Nous définissons notre concept de glissement conceptuel comme l’instanciation du concept de secondarisation appliqué au domaine de la grammaire. Ce concept théorique, quand il est pragmatisé, c’est-à-dire quand il sert à orienter et guider l’action, devient le concept pragmatique de « glissement » : il s’agit de dépasser la matérialité de la tâche scolaire pour accéder aux concepts grammaticaux que cette tâche supporte.

29Sans glissement, que nous qualifions de conceptuel, la classe reste au niveau de la tâche, non de sa signification référée à l’objet de savoir. Les enseignements demeurent au niveau de la matérialité de l’exercice sans l’utilisation de toutes les opportunités d’opérer ces glissements qui permettent de passer de la langue outil à la langue objet (cf. Douady, 1986).

Le « glissement conceptuel » permet un pas de côté en direction d’une objectivation de la langue. Il situe pleinement les élèves dans le cadre d’un laboratoire d’investigation linguistique, d’étude de la langue. Il souligne un dépassement à tout référencement uniquement sémantique pour entrer dans la syntaxe de la langue ; un dépassement de l’outil « langue » pour construire une « langue » objet. Il est donc un passage d’un état à un autre dans la manière d’appréhender la langue, le passage de son utilisation à la compréhension de son fonctionnement, par l’analyse, avec l’identification des propriétés des concepts grammaticaux et des relations entretenues entre eux. Il s’effectue le glissement entre une connaissance « épi », non consciente et implicite, et une connaissance « méta », explicite et consciente.

Le concept de « glissement » suggère une circulation entre des niveaux d’analyse et des paliers de conceptualisations (de sémantique, textuel à morphosyntaxique) en vue d’une connaissance formelle de la langue. Cette abstraction de la langue est progressive, elle s’effectue à la mesure du possible de conceptualisation des élèves, leur zone de proche développement (Vygotski, 1997). Dans le meilleur des cas, il se produit une assimilation des propriétés des concepts grammaticaux et des relations entretenues entre eux, une modification de l’attitude vis-à-vis de sa langue face à laquelle il convient de devenir un observateur éclairé.

Suite de l'article paru dans Education et Didactique : https://journals.openedition.org/educationdidactique/2051